Guide d'identification
Tupolev Tu-160 Blackjack
 
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Historique
      si vous êtes pressé

Pur produit de la guerre froide, le Tu-160 est une brillante réussite des soviétiques pour surpasser les USA qui développaient à la même époque le Rockwell B-1B « Lancer ».
La petite histoire dit qu’après le lancement du programme du B-1, les soviétiques voulurent disposer d’un vecteur nucléaire au moins équivalent, d’où le programme du Tu-160. Mais le président US J. Carter remit en cause le programme du B1 en 1977, il devait être réactivé en 1984 par son successeur Ronald Reagan.
L’URSS quant à elle poursuivit le développement du Tu-160 et y engloutit des sommes astronomiques. Au final seuls 38 exemplaires furent produit.
La traditionnelle compétition en matière d’armement entre USA et URSS fût donc cette fois originale dans son dénouement : était-ce intentionnel de la part des USA ? Toujours est-il que poussés à la surenchère et condamnés à l’exploit technologique, les soviétiques furent acculés à la faillite en mobilisant pour ce seul projet des ressources considérables.
Le Tu-160 n’en demeure pas moins une merveille, c’est aussi le plus gros avion de combat jamais produit, avec ses 275 tonnes au décollage !

      historique détaillé

Le projet du Tu-160 fût lancé en 1973 par les soviétiques en réponse au lancement du bombardier Rockwell B-1A en 1970.

Ce fût le vaincqueur d’une compétition entre les constructeurs soviétiques pour un « bombardier multi-mission », la proposition du bureau Tupolev reprenait en fait nombre d’éléments du Tu-144 (tentative de copie de Concorde). Les perdants de la compétition étaient le the Myasishchev M-18, et une proposition de Sukhoï à base de T-4.
En réalité c’était le projet de Myasishchev qui semblait le plus prometteur, mais Tupolev seul semblait avoir la capacité à mener à son terme un projet aussi ambitieux et complexe. On demanda alors à Tupolev d’utiliser des éléments du projet rival de Myasishchev, le M-18. La conduite du projet fût confiée à l’ingénieur V.N. Binznyuk.

Désigné « Izdiélié 70 » (article 70), ce nouveau bombardier devait pouvoir atteindre le cœur de la défense Nord-américaine en volant à Mach 2, larguer ses charges nucléaires à Mach 1 et rentrer à sa base grâce à un seul ravitaillement en vol !
Le premier vol eut lieu le 19 décembre 1981, mais son existence ne fût confirmée à l’Ouest qu’en 1982, grâce à un satellite-espion. Les essais opérationnels commencèrent en 1987.

Résolument inspiré du B-1A, le Tu-160 est cependant nettement plus lourd et plus rapide, sa puissance moteur étant pratiquement double !

Aspect technique :
Pour réaliser le Tu-160 et atteindre ses ambitieux objectifs, de nouvelles percées technologiques devaient être effectuées par les soviétiques : procédés de construction et d’alliage, métallurgie avancée, conception de nouveaux moteurs, etc…
Ainsi, les usines Trud de Samara durent mettre au point le turboréacteur Kouznetzov NK-321 de 245 kN de poussée unitaire : le plus puissant moteur jamais monté sur un avion de combat !
Seuls 150 exemplaires seraient pourtant produits au final…

Déploiement :
Le Tu-160 fut commandé à 100 exemplaires en 1985, dans le but d’équiper à terme quatre régiments de l’aviation stratégique.
La chaîne de production de Kazan s’arrêta pourtant définitivement en 1992, après que seulement 38 exemplaires aient été produits (36 + les 2 prototypes, dont un fût perdu durant les essais). L’URSS s’étant éffondrée, le pays avait d’autres priorités criantes.
Seule une unité fût opérationnelle, à partir de mai 1987 : le 184e Aviapolk de Priluki (Ukraine). Il ne mît néanmoins jamais plus de 20 machines en œuvre.

Fin de vie
Le régiment opérationnel ne le resta pas longtemps : quatre ans à peine.
Quand l’Ukraine quitta le bloc soviétique, le partage des ressources militaires fût discuté. Le sort des Tu-160 survivants est donc bien incertain, même si trois d’entre eux avaient fait l’objet d’un accord avec une société américaine, dans le but de lancer des satellites !
En 1992, la Russie a pour sa part réussi à reconstituer un Aviapolk opérationnel à Engels avec le reliquat de Tu-160 rapatriés d’Ukraine et les derniers sortis des chaînes de montage.

Leur statut opérationnel est aujourd’hui assez incertain, du fait de la disparition de nombreux sous-traitant qui avaient participé à la conception et à la fabrication. Seule la cannibalisation des pièces sur les cellules restantes (et sur les 4 exemplaires stockés à Joukovski, près de Moscou ?) semblait a priori permettre de tenir encore quelques années, avec sans doute une disponibilité assez médicocre.
Pourtant, la production a tant bien que mal redémarré et un ultime exemplaire a été livré à l’aviation russe en mai 2000.

A l’heure actuelle, il n’y aurait donc que 15 exemplaires en service, tous russes, l’Ukraine ayant détruit son dernier Tu-160 en février 2001.
Il est prévu de les maintenir en service, et un contrat de modernisation a même été accordé à la société KAPO (Kazan Aircraft Production Organisation). L’amélioration devrait porter sur le système de désignation d’objectif et l’équipement électronique. Grâce à des armes de haute précision, le Tu-160 pourra s’attaquer à des cibles mobiles ou à des cibles tactiques.

 
Spécifications
Dimensions (toutes versions)
    Envergure 35,6 m (minimale) et 55,7 m (maximale)
    Longueur 54,1 m
    Hauteur 13,1 m
    Masse à vide 118 t
    Masse maximale 275 t
    Charge militaire 40 t
    Carburant 160 t
Le Tu-160 est ravitaillable en vol, grâce à une perche rétractable logée dans le nez de l’appareil (système « probe and drogue » en anglais).
Performances
    Rayon d'action maxi 12 300 km
    Vitesse maximale En altitude : 2200 km/h
    Plafond pratique 15 000 m
    Distance d'atterrissage 3050 m
Motorisation
 
Quatre réacteurs Kouznetsov NK-321 de 25.000 kgp chacun. Ils disposent de post-combustion, et leurs entrées d’air sont à géométrie variable (pour le vol supersonique, Concorde ayant aussi recours à cette astuce).
Structure
 
L’avion se caractérise par une structure en titane, une flèche variant de 20 à 65° pour des performances exceptionnelles tant en vol supersonique qu’en subsonique.
La dérive et la gouverne de profondeur sont monoblocs et mobiles.
La manoeuvrabilité est assurée par des commandes de vol électriques (« fly-by-wire » en anglais). En raison de son importante vitesse lors de l’atterrissage, un parachute de queue a été incorporé.
Bien entendu le Tu-160 est un bombardier « tous temps » qui peut opérer de jour comme de nuit sous toutes les latitudes. Sa robustesse tranche par exemple avec les précautions d’emploi d’un avion de dernière génération à la technologie de pointe comme le B-2 « Spirit ».
Les missions durant parfois longtemps, la cabine est munie de toilettes et d’un réchaud pour la nourriture…
Cockpit
Les quatre occupants disposent de sièges éjectables K-36DM « zéro-zéro » (éjection possible au sol, appareil immobile). Les sièges éjectables russes n’ont plus à prouver leur efficacité…
A noter que le contrôle de cet énorme avion s’effectue via un classique « manche à balai », et non via un volant (« yoke » en anglais) comme c’est souvent le cas pour les avions très lourds.
Avionique
 
L’avionique est moderne, même si l’affichage emprunte une forme relativement traditionnelle : pas d’affichage tête haute (HUD) pour les pilotes ni d’écrans cathodiques (CRT) pour le navigateur et l’opérateur des systèmes d’armes.
Il y a pourtant bel et bien un système intégré de visée, navigation et conduite du vol. L’appareil dispose aussi d’un pilote automatique, d’un radar embarqué de navigation et d’attaque longue distance (au sol ou en mer) et de contre-mesures électroniques (ECM) pour assurer sa protection.
Enfin il dispose d’un système de suivi de terrain automatique.
Armement
    Air-Surface
Les deux soutes internes peuvent emporter de l’armement conventionnel, aussi bien que des missiles nucléaires à longue portée, sur des lanceurs rotatifs.
Le Tu-160 peut ainsi emporter jusqu’à douze missiles stratégiques de croisière Kh-55MS (désigné AS-15 « Kent » par l’OTAN), à raison de 6 par soute.
Le missile Kh-15P (AS-16 « Kickback » pour l’OTAN) peut aussi être emporté (charge conventionnelle de 250 kg ou bien tête nucléaire) de même qu’un large éventail d’autre joyeusetés, à concurrence de 40 tonnes tout de même !
 
Critères d'identification
      Le Blackjack
  1. Sa grande taille et sa voilure a géométrie variable sautent tout d’abord aux yeux ;
  2. Ensuite, les 4 réacteurs sont regroupés en deux nacelles bien séparées sous le fuselage (comme Concorde et le B-1) ;
  3. Le train d’atterrissage est tricycle, une roulette de queue existant aussi néanmoins ;
  4. Les tuyères des 4 réacteurs dépassent largement du bord de fuite ;
  5. Le nez est long, pointu, et légèrement courbé vers le haut ;
  6. Empennage cruciforme.
      Confusions possibles : le B-1 Lancer
En dehors de la confusion avec le Tu-22M, rapidement écartée, seul le B-1 se rapproche de la silhouette du Tu-160. A première vue ces deux avions sont fort semblables (l’un ayant inspiré l’autre…) avec leur silhouette fine destinée à minimiser la signature radar. Pourtant quelques éléments les distinguent à coup sûr :
  1. Le Tu-160 est bien plus long (presque 10 mètres) ;
  2. Cône de queue très fin (genre Concorde) orienté vers le haut ;
  3. Dessus du fuselage « plat », c’est à dire sans bosse pour le cockpit ;
  4. Longue arête dorsale à la base de la dérive.
 
Pays utilisateurs
Fédération russe.
 
Témoignages de pilotes
indisponible
 
Anecdotes
- La politique dite « du miroir » a eu raison de l’URSS : elle consistait à se doter d’équipements militaires similaires à ceux des USA. Le Tu-160 a donc été le chant du cygne de l’URSS militaire.
- La date du premier vol (19 décembre 1981) a été retenue en l’honneur du 75ième anniversaire de Leonid Brejnev.
- Les 8 Tu-160 rapatriés d’Ukraine vers la Russie le furent au terme d’une âpre négociation : l’Ukraine avait en effet une importante dette énergétique à éponger… Des Tu-95 « Bear » et des missiles faisaient aussi partie du cadeau !
 
Photos
 
Auteur : VinMan
Photos : fas.org
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